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83 430 créations d’associations en un an, un record qui masque des fragilités

Le seuil des 75 000 créations annuelles, frôlé en 2024-2025, était déjà proche du record de 2014-2015. Il est désormais franchi avec une marge que rien, dans les séries suivies depuis 2010, n’avait laissé entrevoir. Recherches & Solidarités, qui publie chaque année La France associative en mouvement, a recensé 83 430 déclarations sur l’année associative écoulée — du 1ᵉʳ juillet au 30 juin, selon le rythme propre à la vie des associations.

Une année de créations sans précédent

La dynamique ne tient pas à un trimestre isolé. Elle progresse sans interruption sur les quatre derniers trimestres, au point que le deuxième trimestre 2026, avec plus de 22 000 créations, dépasse le premier trimestre, habituellement le plus fécond de l’année.

Elle ne tient pas non plus à quelques secteurs. Sur les 29 thèmes de la nomenclature du Répertoire national des associations, neuf seulement reculent, le plus souvent de quelques dizaines d’unités et dans des champs de faible poids. Les créations culturelles, sportives et de loisirs augmentent d’environ 10 %. L’ampleur est autre dans les interventions sociales, l’information-communication, la défense des droits, les amicales et groupements d’entraide, où la hausse se situe entre 20 % et 30 %. Elle avoisine 50 % dans la recherche et atteint 60 % pour les activités politiques — un sursaut que les auteurs rapprochent des élections municipales du printemps 2026.

Le mouvement traverse les territoires : neuf départements seulement enregistrent une baisse. La carte des densités de création, établie sur trois ans pour 10 000 habitants, confirme une spécificité méridionale ancienne, avec une moyenne nationale de 11,2. En bas de l’échelle, la Moselle, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, où le droit local impose sept personnes pour déposer des statuts, aux côtés de huit départements de droit commun : l’Oise, l’Aisne, l’Essonne, les Yvelines, le Val-d’Oise, la Haute-Saône, le Pas-de-Calais et le Territoire de Belfort.

Le bénévolat résiste, son noyau s’érode

Un quart des Français de 15 ans et plus donne du temps gratuitement à une association, soit entre 13 et 13,5 millions de personnes. La proportion dépasse de 3 points celle de 2010, quand 22,5 % de la population était bénévole.

Cette stabilité recouvre une recomposition. Les participations ponctuelles, à l’occasion d’un événement ou sur une période précise de l’année, sont passées de 4,5 % à 6 % des Français. L’engagement hebdomadaire, lui, a reculé de 12,5 % à 10 %. Cette « colonne vertébrale » — ceux qui assurent l’accueil, l’organisation, la gestion, la gouvernance — a perdu 1 point de population en un an, soit environ 500 000 bénévoles très investis. La baisse intervient après une embellie en 2025 et demande confirmation, mais elle sonne comme un avertissement alors que les associations signalent déjà des difficultés à renouveler leurs équipes.

Le renouvellement générationnel, pourtant, est engagé. Les 15-24 ans sont 24 % à s’engager, contre 16 % en 2010 ; les 25-34 ans, 27 % contre 15 %. Des progressions qui compensent à peine le décrochage des plus de 65 ans, passés de 38 % à 28 % en seize ans.

Reste la fracture associative. En 2025, 57 % des diplômés au-delà de bac + 2 adhèrent à une association, contre 32 % des personnes de niveau inférieur au baccalauréat. L’écart se retrouve dans le bénévolat, à 32 % contre 17 %. La formation fait barrage à l’entrée ; une fois le seuil franchi, les écarts s’atténuent, et les bénévoles les moins diplômés s’impliquent même légèrement plus souvent chaque semaine.

Dernier cliché à corriger : le manque de temps. Les actifs sont 25 % à être bénévoles, exactement la proportion observée dans l’ensemble de la population. La disponibilité influe sur le rythme, davantage sur le fait de s’engager.

L’emploi associatif : 1,93 million de salariés, une année de recul

Parmi les 153 270 établissements employeurs, 1 925 720 salariés, une masse salariale de 51,4 milliards d’euros. Les effectifs reculent de 0,2 % après quatre années de progression, soit près de 4 000 salariés en moins. Le repli est plus marqué encore en comparant les derniers trimestres 2024 et 2025 : environ 11 000 postes en moins en un an, effet d’une fin d’année 2025 particulièrement défavorable.

Le tableau est contrasté. La santé progresse de 1,6 %, l’hébergement médico-social de 0,9 %. L’enseignement recule de 1,1 %, le sport de 1,6 % après une année 2024 portée par les Jeux olympiques et paralympiques, l’aide à domicile de 0,5 % alors que les besoins augmentent.

Deux régions s’écartent nettement de la tendance : Provence-Alpes-Côte d’Azur (+0,6 %) et la Martinique (+2 %). À l’inverse, l’Île-de-France (-0,9 %) et la Guyane (-1,1 %) creusent le repli.

Le secteur reste néanmoins une composante majeure de l’emploi privé français : près d’un salarié sur dix, davantage que la construction (7,8 %) ou les transports (7,4 %). Dans l’hébergement social pour adultes et familles en difficulté, les associations pèsent 90,9 % de l’emploi privé ; 89,6 % dans l’accompagnement d’enfants handicapés.

Le moral des employeurs se dégrade

Les responsables associatifs interrogés au printemps 2026 dressent un tableau en demi-teinte, et la fracture passe désormais entre les structures avec et sans salariés. 69 % des associations sans salarié jugent leur situation générale bonne, contre 55 % des employeuses. Sur le terrain financier, l’écart se creuse : 70 % contre 40 %.

Six associations employeuses sur dix qualifient leur situation financière de difficile, dont près d’une sur cinq de très difficile. Leurs inquiétudes se portent d’abord sur la situation financière, citée par 70 % d’entre elles contre 30 % des non-employeuses, puis sur l’évolution des politiques publiques, mentionnée deux fois plus souvent.

Le rapport de force avec les financeurs en dit long sur les marges de manœuvre. Seuls 22 % des employeurs estiment disposer de financements correspondant à leur projet associatif, contre 40 % des associations sans salarié. Plus de la moitié adaptent certaines actions ou revoient leurs priorités ; 16 % remettent en question leur projet lui-même ; 6 % envisagent de cesser leur activité.

Les perspectives à la rentrée assombrissent encore le constat. 58 % des responsables employeurs anticipent des mois difficiles, contre 45 % qui jugent déjà leur situation actuelle difficile — un décalage de 13 points, deux fois plus important que chez les non-employeurs. La part de ceux qui cumulent des difficultés sur la situation générale, les finances et le bénévolat est passée de 18 % à 23 % en un an, soit environ 6 000 associations supplémentaires. Elle atteint 31 % parmi celles qui emploient 50 salariés ou plus, et 26 % dans les zones rurales fragiles.

Leur premier point fort reste la pertinence du projet associatif pour répondre aux besoins de leurs publics (58 %), devant la motivation des salariés (52 %) et l’ancrage territorial (51 %). Les difficultés ne viennent donc pas d’un déficit de projet, mais des conditions économiques et institutionnelles qui le rendent tenable.

Éducation populaire : le signal ÉCLAT

Le code 9499Z — « autres organisations fonctionnant par adhésion volontaire » — rassemble des activités hétérogènes, ce qui rend ses évolutions difficiles à lire. Recherches & Solidarités y a repéré de nombreuses associations d’éducation populaire, champ dépourvu de catégorie propre dans la nomenclature d’activités française.

L’angle de la convention collective ÉCLAT offre un éclairage plus net. Fin 2025, 140 540 contrats en relevaient, contre 143 980 en 2023 : 2,4 % de moins en deux ans, avec une baisse plus marquée chez les hommes (-4,3 %) que chez les femmes (-1,4 %). Les profils y sont plus jeunes que dans l’ensemble associatif — 38 % ont moins de 35 ans, contre 30 % — et la part des CDI progresse de 71 % à 73 %.

Deux données éclairent encore l’avenir du secteur. L’apprentissage, multiplié par près de sept en huit ans dans les associations, marque un premier repli de 0,6 % en 2025, quand il chute de 3,1 % dans l’ensemble du privé. Et l’enjeu de renouvellement se concentre sur des métiers précis : près de la moitié des 141 000 contrats d’aide à domicile concernent des salariés de 50 ans ou plus, dont 16 % ont atteint 60 ans.

AJ

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