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Le sport, nouvel outil RH du patronat

Le constat qui a présidé à cette alliance tient en une statistique : plus d’un jeune sur huit âgé de 15 à 29 ans se trouve aujourd’hui sans emploi, sans étude et sans formation, un chiffre en hausse qui a fini par convaincre trois mondes qui se croisent rarement de travailler ensemble. Le mouvement sportif, le service public de l’emploi et le patronat ont donc choisi de formaliser, sous la forme d’une fondation dotée de statuts et d’une gouvernance propre, une dynamique jusque-là dispersée entre initiatives locales et dispositifs pilotes. En 2025, le sport avait déjà permis à plus de 10 000 jeunes de retrouver un emploi, grâce à la mobilisation de 13 000 clubs amateurs, 200 clubs professionnels et 38 fédérations aux côtés des agences France Travail. La nouvelle fondation entend changer d’échelle en professionnalisant ce maillage plutôt qu’en le multipliant au coup par coup.

Le montage retenu témoigne de l’ambition affichée. La gouvernance associe Jean-Luc Denéchau, président de la Fédération française de voile et vice-président du CNOSF, à Maya Atig, directrice générale de la Fédération bancaire française et présidente du comité inclusion par l’emploi du MEDEF, un attelage qui place d’emblée la structure à la croisée du sport et du monde financier. Jean-Philippe Acensi occupera la fonction de délégué général, tandis que Jean-Louis Borloo, engagé de longue date sur les questions de cohésion territoriale, en assure la présidence d’honneur. Amélie Oudéa-Castéra, Thibaut Guilluy et Patrick Martin, qui représentent les trois fondateurs, ont personnellement signé l’acte constitutif, un niveau d’engagement institutionnel qui tranche avec les partenariats de façade souvent reprochés au secteur.

Une mécanique de labellisation pour structurer le marché

La feuille de route s’articule autour de quatre piliers qui ressemblent moins à une opération de communication qu’à la mise en place d’un véritable outil de marché. Le premier consiste à fédérer, avec le MEDEF, une communauté d’entreprises prêtes à recruter autrement en valorisant les compétences acquises par la pratique sportive. Le second vise à faire monter en puissance les clubs déjà engagés dans l’insertion, avec dès 2026 une première promotion de 50 clubs « Champion de l’insertion », professionnalisés et labellisés. Le troisième pilier structure, autour de France Travail, un incubateur chargé de préparer les clubs à cette labellisation et de déployer des parcours vers l’emploi, l’alternance ou la formation. Il s’appuie notamment sur le dispositif « Du Stade vers l’Emploi », qui a organisé 580 opérations l’an dernier avec un taux de retour à l’emploi de six participants sur dix dans les mois suivants. Le quatrième pilier, enfin, prévoit la construction d’un label reconnu et d’une mesure socio-économique des résultats obtenus, condition posée par les fondateurs pour que l’argent des entreprises et des pouvoirs publics ne finance pas des actions invérifiables.

Concrètement, la rentrée doit déjà porter la marque de cette nouvelle organisation. Cinquante clubs, sélectionnés parmi ceux déjà mobilisés aux côtés de France Travail, seront accompagnés pour viser l’insertion professionnelle de 1 000 jeunes. Des clubs de voile, de rugby, de football, de boxe ou de tennis de table s’engagent d’ores et déjà à Roubaix, Rennes ou Marseille, avec le soutien des collectivités locales. Le club de voile de Choisy-le-Roi a par exemple lancé, depuis le 17 août, un parcours d’insertion de quatre semaines pour dix jeunes, avec l’appui de Bouygues. Ce dernier figure, aux côtés de SAMSIC, Acadomia, Accuracy et ICAPE Group, parmi les premières entreprises à avoir rejoint la fondation, un socle encore restreint que la structure devra rapidement élargir pour tenir la promesse des 100 000 parcours.

Reste que la mécanique proposée déplace la focale habituelle des partenariats sport-entreprise, généralement pensés en termes de visibilité ou de mécénat, vers une logique de ressources humaines assumée. Patrick Martin l’a formulé sans détour en évoquant des qualités que le sport révèle et qu’un CV ne montre pas toujours, avant de fixer le cap : 100 000 jeunes accompagnés vers l’emploi d’ici 2030. La Fondation Insertion – Jeunes par le Sport s’installe ainsi entre deux mondes, celui du recrutement et celui de l’action sociale, avec l’ambition de faire des clubs un maillon reconnu des politiques d’emploi.

Affaire à suivre donc…

AJ

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